mercredi 10 août 2016

DE LA FEMME BLESSÉE À LA FEMME CONSCIENTE

« Osons exalter une culture du désir, chevaucher la passion et le feu du sexe, continuer d’éclore le cœur au-delà des blessures et s’ouvrir à l’infini de l’esprit. » Paule Salomon


Cela fait longtemps que je souhaite voir et entendre Paule Salomon. Exaucée et comblée, j’ai même eu le plaisir d’une interview que vous trouverez en fin d’article. Si on me demandait pourquoi cette grande philosophe m’inspire, je répondrais que son parcours, ses recherches sur la Femme, sa quête tantrique et toutes ces approches sont des offrandes à la vie, par conséquent à notre vie. Et puis, il y a ses ouvrages dans lesquels elle explore le couple sans jamais l’enfermer.


De sa voix au timbre ténu, elle nous a confié durant sa conférence des mots si bien choisis, si clairs… Et sans perdre le fil, elle nous a fait apparaître la Femme, dans toute sa beauté et dans toute sa puissance.

Je la revois debout sur cette scène à nous demander presque « pardon » pour cette posture de « sachant », de chef  en haut de la pyramide, alors qu’elle préfèrerait se trouver en cercle avec nous dans un mode coopératif et communiquant, la femme étant faite de cela.


Elle commence sa conférence ainsi : « Hommes et femmes, nous sommes incarnés dans des corps différents. Nous sommes à la quête d’une luminosité de l’Être et ce qui nous rend heureux, c’est d’être en notre centre, mais nous courons dans notre périphérie, nostalgiques du divin en nous. La femme aujourd’hui porte la trace des femmes du passé et n’a pas encore revivifié sa force intérieure. »

Alors pourquoi courons-nous dans notre périphérie ?
Parce que cette périphérie fait partie de notre chemin, sorte de spirale, que nous avons toutes à parcourir en une vie pour arriver jusqu’à nous, jusqu’à notre centre. Le passé se rejoue en nous, nous devons le revisiter et travailler nos blessures familiales et collectives « pour en faire des perles ».

Il y eut un temps où la Femme était vénérée.
Considérées comme des déesses, les femmes avaient le statut d’initiatrices, de prêtresses, de guérisseuses. Les déesses étaient sexuées et l’acte sexuel avait une dimension sacrée. Cette dimension s’est appauvrie, elle est devenue vide de sens dans le défoulement des tensions et l’acte de reproduction. Cette énergie si puissante a fait peur à l’Homme. Dieu, les prêtres, Adam l’immortel : c’est l’émergence des hommes et l’amoindrissement des femmes. Les maris s’approprient leurs femmes et leurs enfants mâles, Eve apporte la mort, la femme la « petite mort ». La guerre des sexes commence.

Les femmes se révoltent.

Elles se positionnent en victimes : « C’est la faute de l’autre ». Elles se plaignent de leurs geôliers et les aiment malgré tout. En amour, la femme est une fois dessus, une fois dessous…

En sororité.
Dans chaque parcours de vie, cette femme révoltée fait place à une femme plus éclairée, plus habitée. Une femme qui se donne du temps, qui grandit en conscience, qui parle avec les autres femmes et qui découvre la sororité. Ce sont tous ces cercles de femmes qui voient le jour, des femmes qui prient ou méditent ensemble. Elles ne sont ni victimes, ni bourreaux, elles se remettent en cause, c’est un retournement de conscience fondamentale.

L’engagement.
Alors, les femmes ne se renient plus, elles ont besoin de nouveaux modèles et n’hésitent plus à rencontrer un partenaire qui corresponde mieux à leurs valeurs et à leur conception de la vie. Elles se donnent le choix : ou elles stoppent leur évolution ou elles grandissent !

La femme androgyne.
Après avoir traversé son masculin intérieur, elle équilibre en elle les deux principes. L’androgyne marie l’actif et le réceptif, la force intérieure créatrice à la réalisation extérieure. Elle prend conscience de son être authentique, elle met en mouvement son énergie, cette énergie qui fortifie le corps. Elle se regarde penser, elle atténue ses chocs émotionnels, elle respire en conscience et choisit la voie de la paix.

La femme solaire.
Elle se redresse dans l’axe, terre-cœur-ciel. La femme solaire vit pleinement l’éveil sexuel, elle fait l’amour par envie, non par devoir. « Elle est la détentrice d’un pouvoir, d’une énergie d’accomplissement et elle en dispose en faveur de ceux qu’elle aime, son fils, son amant, son mari, elle est l’Arche d’Alliance entre la terre et le ciel. »

La femme sage.
Cette alliance entre terre et ciel mène à la voie du milieu, sans dualité, la voie tantrique qui conduit à la femme sage ou sage femme. Son corps est un temple de sagesse, sa conscience descend dans toutes les cellules qui s’accordent les unes aux autres. Elle est fière et douce, centrée et non centrée, le front haut, elle retrouve sa vérité, c’est une femme vivante, terriblement vivante…

A ces mots, un frémissement, une onde délicieuse m’a parcourue. A travers le chemin de la femme que Paule Salomon nous a conté, c’est le chemin de vie que toute femme parcourt dans son évolution personnelle. Paule finit ainsi : « Cette femme vivante donne à la vie une érotisation de chaque instant, elle confirme sa confiance, en s’entourant de la solidarité d’autres femmes. » C’est bien ce que nous avons exploré et, pour certaines, trouvé en nous réunissant au  4ème Symposium International de Biarritz dont le thème était Femmes sacrées, Femmes d’avenir. Symposium organisé par l’oeuvre Ithuria pour l’Enfance Handicapée.

Vous l’avez compris, la femme finit par se reconstruire de ses blessures. Ni soumise, ni révoltée, elle est en paix avec elle-même et avec l’homme. Et, si l’homme veut voir en elle une partenaire, si, ensemble, ils consentent à emprunter cette voie de l’unité, de la transcendance, au-delà du masculin et du féminin, ils pourront ensemble créer dans la confiance un monde de paix, condition d’un avenir possible.



Myriam Morisseau

Publié par La Presse Galactique le 6 Jan, 2016 
Source Rezozen
Interview Paule Salomon

HABITUDES SEXUELLES PAIENNE

LA SEXUALITÉ ANCIENNE ÉTAIT PLUS NATURELLE, SAINE ET LIBRE

D’aussi loin que les religions existent, elles cherchèrent en premier à expliquer le pourquoi de notre existence sur terre, à nous, puis au reste de la création. Elles cherchèrent à nous situer au sein de cette création, et une fois ceci fait, elles établirent des codes de société, supposés ceux voulus pour nous par des entités divines supérieures. Et elles assignèrent un rôle à chacun, selon le genre, la classe sociale, l’âge ou l’activité. Et surtout, toutes les religions s’interrogèrent longuement et en  détail sur deux aspects de l’existence, désormais bien connus du langage freudien : le sexe et la mort.

Le but de cet article n’est pas d’établir une histoire de la sexualité de l’époque pré-monothéiste (que ce soit par le  christianisme, le judaïsme ou l’islam), qui serait bien trop longue et n’aboutirait certainement pas à cette idée voulant que la sexualité païenne était plus libérée que la sexualité  chrétienne (il suffit de voir comment les Grecs, et en moindre mesure les Romains, traitaient leurs femmes). Par contre, il est très intéressant de se pencher sur l’idée finalement désormais bien commune voulant que la sexualité ancienne était plus naturelle, saine ou libre.

Ce thème parcourt les écrits et les discours, de la Wicca aux courants paganisants régionalistes et/ou nationalistes. Je me souviens avoir entendu parler de l’idée de «sexualité païenne» pour la première fois en 2003, étant étudiante, par un camarade païen plutôt identitaire. Il me mit un exemplaire de magazine païen identitaire entre les mains et me conseilla de lire l’article sur la sexualité païenne, me sous-entendant clairement que n’est païen que ceux qui adoptent une telle vision de la sexualité, et donc un tel mode de vivre cette sexualité. Et qu’ai-je trouvé dans cet article ? Rien de bien  mystérieux en soi : l’homme en pôle actif et la femme en pôle passif, comme le soleil et la lune, qui comprendraient leurs différences de genre pour mieux se compléter, qui seraient sexuellement très ouverts et actifs, sans tabou, mais où chacun reste bien à la place que Dame Nature lui aurait assigné. Non, pas d’écart de genre, s’il vous plait. Exit la timidité sexuelle, exit les complexes, les  craintes, les blocages.

Le païen, et surtout la païenne, sont des êtres humains libres qui forniquent quand ils veulent, avec qui ils veulent… oui mais en respectant quand même une certaine idée de mariage, de famille, de filiation. La tradition ancienne, ce serait pour eux la liberté sexuelle dans une famille bien traditionaliste.

D’autre part, la Wicca, avec à l’origine ses cérémonies nues (skyclad) et ses Grands Rites induisant une union sexuelle symbolique ou réelle entre la Grande prêtresse et le Grand Prêtre représentent sans équivoque une spiritualité où la sexualité est libre, librement et joyeusement vécue. La Charge de la Déesse, l’un des rares textes aujourd’hui lus et regardés comme une fondation de la Wicca et probablement écrit par Doreen Valiente, affirme : «vous serez nus lors de vos rites et vous danserez, chanterez, ferez la fête, jouerez de la musique et ferez l’amour, tout cela en mon honneur». Il est donc question de sexualité joyeuse, vécue avec insouciance dans la grâce de la Déesse et… à priori sans rapport avec un quelconque lien conjugal. C’est là le rappel des anciennes Bacchanales, ou plutôt des Bacchanales réinvesties par l’imagination populaire qui conçut et développa le thème des orgies sexuelles, pas toujours rituelles, pas toujours au nom de Bacchus-Dionysos.

Ceci étant dit, lorsque la théorie se confronte à la réalité, le constat est en un sens étonnant : les
païen(ne)s et sorcier(e)s d’aujourd’hui ne répondent pas, ou très peu à tous ces critères énoncés, et force est de reconnaître que la vie amoureuse des païens et sorcières reste finalement celle d’un ensemble de société, encore gangrénée par les tabous hérités du passé, également minée par une libération sexuelle qui a rendu la sexualité banale, qui a fait de la femme un objet de désir stigmatisé si jamais elle n’est pas suffisamment ouverte à la sexualité, ou si elle l’est trop, qui a forcé l’homme à jouer de performance, qui pointe du doigt les failles de ses capacités sexuelles, qui étale au grand jour une sexualité masculine qui se devrait toute puissante. Et finalement, la sexualité païenne se révèle être un mythe plus qu’une réalité, au regard de toutes ces femmes sorcières ou païennes qui se reconnaissent complexées face à leur corps, qui continuent de souffrir de mal-être, de peur de l’Autre, au regard de ces hommes qui doivent se situer par rapport aux attentes de la société, à leurs désirs et ceux de compagnes ou de partenaires. Une sexualité païenne qui se calque sur les coutumes de notre société, en instituant des handfasting où on ne fait que changer le terme de Dieu, pour Déesse ou Déesse et Dieu, où on bénit des alliances et où on se promet, selon des formules si proches des formules laïques ou chrétiennes, de s’aimer, d’être fidèles l’un à l’autre et de s’entraider au quotidien. Parfois pour toujours, mais très rarement en laissant clairement entendre que ce mariage pourrait avoir une date d’expiration. Le handfasting initial était pourtant connu pour lier une personne pour un an et un jour, une sorte de contrat renouvelable. Un mariage très moderne finalement, mais d’une forme finalement peu utilisée. Il est vrai que certains courants prévoient aussi des rituels de séparation, tout comme il y avait déjà des divorces dans l’Antiquité. Il est intéressant toutefois de noter l’évolution notable des handfasting homosexuels, qui marquent au moins une avancée dans la liberté sexuelle païenne.

Finalement, tout ceci pour en venir à un fait manifeste ; celui que la sexualité païenne n’existe pas, bien qu’il existe des rites amoureux et sexuels. Il y a donc différence entre un rite ponctuel pratiqué par païens et sorciers, et un mode de vie qui s’accorde vraisemblablement à un ensemble sans lien direct avec une quelconque spiritualité ou religion, une sexualité dite contemporaine. La seule  volonté de chercher une sexualité païenne crée le danger de tomber, une fois de plus, dans des archétypes. Si la Vierge et la Prostituée sont dépassées, des figures nouvelles de sexualité ne doivent pas les remplacer pour enfermer de nouveau les personnes dans des rôles stéréotypés, avec de nouvelles formes de normalités et d’anormalités. Aussi, sacraliser la sexualité, aussi librement que chacun se sent prêt, apparaît positif, tandis que chercher à créer une nouvelle conception de la sexualité risquerait d’entrainer de nouvelles pressions, de nouvelles obligations, de nouveaux interdits. Il n’est pas rare de voir d’ailleurs des personnes, hommes ou femmes, utiliser le prétexte de la sexualité dite libre dans le paganisme et la sorcellerie pour abuser de personnes en faisant passer certains actes pour des nécessités rituelles. Faire passer la perversion pour du sacré, honnissant comme le dernier des bigots celui ou celle qui oserait ne pas vouloir s’y plier.

Tout un article qui n’apporte peut être pas tant, si ce n’est de parler ouvertement d’un des aspects les plus présents du paganisme, tel que l’est le sexe. Réfléchir sur sa place dans l’imaginaire, dans la pensée et la réalité des païens et sorciers modernes. Accepter d’y mettre pleinement les mains là où tout est souvent dit par des phrases toutes faites, des acceptations générales et si lointaines de nos vies réelles, tout comme les chrétiens utilisent le Credo pour soutenir et affermir leur propre foi par la répétition de cette prière.

La sexualité ne devient véritablement sacrée que lorsqu’on arrive à avoir de l’estime pour soi-même, à s’aimer de corps et d’esprit. Que lorsque nous avons réussi, parfois après avoir longuement travaillé sur nous-même, à vouloir aller vers l’autre sans préjugé, sans attente excessive, en parfait amour et en parfaite confiance. C’est tout un programme, un long et difficile programme. C’est aussi peut-être lorsque nous parvenons à ne plus associer forcément fidélité à amour, à sexualité, ou aussi peut- être lorsque l’amour est tel que la sexualité s’en trouve transcendée et que tout autre comportement que la fidélité serait ressenti comme sacrilège à cette sexualité sacrée. La sexualité sacrée n’a jamais été morale, mais elle n’a jamais été vécue non plus comme immorale. Elle est avant tout cet instinct qui naît et sort de nos tripes, cet instinct sauvage et intuitif qui pousse vers l’Autre, quel qu’il ou elle soit. Il est ce désir d’union avec l’Autre et à travers lui, l’univers. Il est aussi absence de désir, et est vécu autrement. Il est ce qui ne pourra jamais avoir de dogme, ce qui ne pourra jamais être défini. Il est ce qui continuera à faire parler encore et encore.

Source Magazine Wiccan
Publié par La Presse Galactique le 28 Jan, 2015
Référence: Channel Conscience
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